Le CNJU et l’EUP : deux maillons forts qui s’ignorent ?

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Samedi 7 novembre 2015, le CNJU a tenu son assemblée générale au Pavillon de l’Arsenal. Une soixantaine d’adhérents étaient présents pour élire le nouveau Conseil d’Administration. Carole Ropars remplace François Favard à la Présidence, Kim Chiusano fait suite à Olivier Crépin à la délégation générale de l’association. Les nouveaux vice-présidents et administrateurs délégués d’associations  (moyenne d’âge 23 ans environ) sont plus motivés que jamais.

Un étudiant EUP, nouveau membre de JINU, était présent et avait beaucoup de questions sur le bout de la langue. Une notamment : pourquoi JINU et le BDE ne sont-elles pas membres du CNJU ? Comment se fait-il qu’à l’EUP nous soyons si peu informés de ce qu’est cette association, de leurs enquêtes sur l’insertion, de leur combat, de leurs actions de soutien personnalisé aux urbanistes ?

Nous avons tenté d’éclaircir un peu ce brouillard. Le point en huit questions-réponses.

 

1 – Le CNJU, c’est quoi ?

Le Collectif National des Jeunes Urbanistes est une association constituée en février 2010. Elle fédère plusieurs associations d’étudiants et de diplômés des formations françaises en urbanisme, et des urbanistes adhérant à titre individuel.

C’est une association dédiée à l’amélioration des conditions d’insertion des urbanistes sur le marché du travail. Les principaux concernés sont les urbanistes diplômés de formations universitaires, qui ne sont ni ingénieurs ni architectes, et qui galèrent souvent à se définir concrètement. Depuis 2009, le concours d’Ingénieur Territorial, principal grade à responsabilité pour les urbanistes dans la fonction publique, leur est désormais fermé. Ils peuvent encore prétendre au statut d’Attaché, mais celui-ci leur garantira un salaire moins élevé que leurs collègues pour des compétences souvent égales. Sans compter que les places sont rares : très peu de postes d’Attaché Territorial « option urbanisme et développement des territoires » sont ouverts chaque année. Résultat : 88% des urbanistes de la fonction publique sont recrutés en CDD, et nombre d’entre eux sont toujours en CDD trois ans après[1].

C’est sur ce constat de précarisation de la situation de nombre d’entre nous, et notamment les tout jeunes diplômés (avant 2010 on était pas trop prévenus !) que le CNJU s’est fondé, et a décidé de monter au créneau.

 

2- Et donc, concrètement, où en est le CNJU aujourd’hui ?

Dans un premier temps, faisant front avec d’autres associations, le CNJU a demandé à la Ministre de la Fonction Publique (Marylise Lebranchu) que l’on reconsidère l’accès des urbanistes au concours d’Ingénieur Territorial.

Niet, leur a-t-elle répondu. Vous n’êtes pas qualifiés « scientifiques et techniques », c’est mort.

Le CNJU a pris acte de cette déclaration sans appel. Les ingénieurs ont des lobbies efficaces. D’accord, nous ne sommes pas ingénieurs : nous avons arrêté les maths et la physique. Mais nous maîtrisons des compétences que ces derniers n’ont pas, et qui sont tout autant, voire bien plus ! cruciales pour l’aménagement et la gestion des territoires. La demande est donc que si nous ne pouvons plus être qualifiés d’ingénieurs (sauf pour ceux qui le sont aussi, bien sûr…), nous puissions passer un concours de niveau équivalent, mais qui correspond à notre formation universitaire. Un concours sur titre : celui d’urbaniste.

Pour pouvoir évoquer la création de ce concours sur titre, il faut d’abord que les diplômes universitaires d’urbanistes soient reconnus. Pour le CNJU, cela passe par la certification professionnelle de nos diplômes, c’est-à-dire leur inscription au Répertoire National des Certifications Professionnelles (RNCP). Cela confirmera en effet la reconnaissance de leur contenu qualitatif aux yeux des institutions gouvernementales.

Le CNJU encourage les établissements d’enseignement supérieur à faire inscrire leurs diplômes au RNCP.

En parallèle, l’asso mobilise les ministres et les parlementaires pour faire avancer la cause du concours sur titre. Il exerce donc à ce niveau-là une action de lobbying : il fédère les urbanistes, et recherche des soutiens et porte-paroles hauts placés.

Le CNJU a reçu les soutiens officiels du Ministère du Logement et de l’Egalité des Territoires par la personne de Sylvia Pinel. Ces derniers mois, ce sont plusieurs députés et sénateurs qui ont répondu à cet appel. Le débat prend forme. L’idée de réforme de la Fonction Publique Territoriale pour faire une place aux urbanistes fait son chemin, lentement mais sûrement, au niveau des pouvoirs législatifs et exécutifs.

 

3- A part ce combat législatif, le CNJU a-t-il des actions de proximité vis-à-vis des adhérents ?

Il est vrai que la première activité du CNJU est le lobbying. Mais par ricochet, l’association consacre son budget à la communication, au transfert des informations (confère son site internet régulièrement entretenu), et à l’animation d’un réseau qui s’élargit rapidement.

Elle réalise notamment des enquêtes au niveau national sur l’insertion des diplômés en urbanisme. Evidemment, car c’est sur ces enquêtes que s’appuie leur argumentaire.

Et puis, l’association se met à disposition de chacun de ses adhérents potentiellement un peu perdus : aide au positionnement sur ses lettres de motivations et son CV, mises en situation avec des simulations d’entretiens sur mesure avec les professionnels qui vont bien, conseils pour la formation continue et la réorientation, etc.

Les adhérents sont là pour soutenir les chantiers menés pour la certification professionnelle des diplômes, l’évolution du statut des urbanistes dans la fonction publique, ou simplement les enquêtes sur l’insertion, mais peuvent aussi s’adresser au CNJU pour une demande de soutien individuel.

 

4- Pourquoi le BDE et la Junior Entreprise de l’EUP ne sont pas membres du CNJU ?

Pour trois raisons principales :

1) L’EUP-Alumni prend en charge cette adhésion pour le réseau associatif de l’EUP.

Le CNJU compte dansson CA un administrateur issu de chaque association membre. Et chaque association correspond à un établissement universitaire distinct. Autrement dit : une seule association membre du CNJU par établissement de formation.

Pour 2015 (prochaine AG prévue fin 2016), les membres de l’EUP-Alumni – ses fondateurs, en l’occurrence – ont voté l’adhésion de l’association au CNJU. Cette adhésion sera a priori, tacitement reconduite tous les ans, à moins que la majorité des diplômés adhérents ne s’y opposent.

L’EUP-Alumni a vocation à rassembler les diplômés de l’IUP, de l’IFU, et maintenant de l’EUP, dès leur sortie de l’Ecole. Cette année, l’adhésion à l’Alumni sera gratuite pour les nouveaux diplômés (simple formulaire d’adhésion à remplir, en fournissant son attestation de diplôme). Les plus anciens diplômés versent une cotisation annuelle de 20€.

En ayant notre Alumni membre du CNJU, les services du Collectif sont à la portée immédiate et gratuite des jeunes diplômés. A la sortie du master, ils en sont membres de droit, sans que cela n’implique d’engagements de leur part.

Petit bémol de la situation actuelle : l’EUP-Alumni est encore un bébé (il a moins d’un an), et sa communication n’est pas encore mise en place ! Mais cela viendra sous peu.

2) C’est un budget. Pour quel investissement ?

Les activités de soutien du CNJU sont avant tout utiles aux déjà-diplômés. Pour les étudiants en recherche de stage, l’EUP dispose en interne d’un Bureau d’Aide à l’Insertion Professionnelle.

Ainsi, les associations étudiantes n’ont pas de nécessité à consacrer un budget pour que les étudiants puissent bénéficier de cette assistance via le CNJU.

Car en effet, l’adhésion au CNJU pour les associations membres, bien qu’avantageuse, n’est pas gratuite ! Le budget varie selon le nombre d’adhérents de cette association : il correspond à 2€ par adhérents. Ce qui veut dire que si le BDE a 200 adhérents, il devra verser 400€ au CNJU. Le budget des associations étudiantes est, pour l’instant, indispensable ailleurs.

3) C’est le CNJU qui décide.

Enfin, du fait que les associations-membres administrent le CNJU, celles-ci sont quand même sélectionnées à l’entrée. Le CNJU compte quelques associations d’étudiants, mais qui sont souvent en même temps des associations de diplômés. Lorsque ces associations équivalent à notre BDE, elles sont a priori le seul maillon associatif de l’établissement afférent, et leur demande d’adhésion est scrupuleusement étudiée par le CA. Leur place au CNJU dépendra de la nature de leurs actions : l’association étudiante se positionne-t-elle seulement en organisatrice de soirées, ou engage-t-elle des idées pour l’aide à l’insertion professionnelle des étudiants de l’établissement ?

JINU est un cas à part : elle poursuit un autre objectif, celui d’être reconnue en tant que Junior Entreprise, statut bien particulier qui dépasse l’engagement bénévole et qui implique une vocation économique. De fait, les Junior Entreprises ne sont pas concernées par l’adhésion au CNJU (les administrateurs ne peuvent pas représenter une Junior Entreprise). Cela n’empêche pas JINU de pouvoir être un partenaire local naturel des actions du collectif, notamment via une collaboration directe avec l’EUP-Alumni.

 

5- Les étudiants de l’EUP peuvent-ils quand même adhérer au CNJU, sans attendre d’être diplômés ?

Oui, les étudiants peuvent adhérer à titre individuel. La condition est de suivre ou d’être diplômé d’une formation de niveau Master/Bac+5, ou d’effectuer un doctorat universitaire, dans le domaine de l’aménagement du territoire et de l’urbanisme.

Mais avant de décider d’adhérer, rien n’interdit de venir assister aux réunions et événements de l’association (tables-rondes, conférences…) qui sont ouvertes à tous. Chacun peut en être informé en suivant le site internet et les réseaux sociaux. C’est l’occasion de savoir quels sont les débats, de faire des rencontres, de poser ses questions.

 

6- Il n’y a pas le CNJU, si ?

Le CNJU n’est pas du tout la seule association d’urbanistes connue en France. C’est avant tout, à l’heure où beaucoup sont moribondes, celle dont la voix porte actuellement le plus jusqu’aux scènes législatives.

Elle semble reconnue et de plus en plus soutenue par ses pairs : l’AG du 7 novembre a accueilli des collègues d’Urbanistes des Territoires, venus soutenir leurs avancées concrètes de cette année. Le Conseil Européen des Urbanistes était aussi représenté.

Mais vous avez peut-être aussi entendu parler, par exemple, de l’Office Professionnel de Qualification des Urbanistes : autre association loi 1901, celle-ci organise chaque année des événements (dont les Assises de la qualification d’urbaniste) qu’il peut être intéressant de suivre. Bien que le CNJU ne soit pas convaincu de la valeur officielle de la qualification OPQU, nombre d’urbanistes – qui peuvent aussi être adhérents du CNJU – soutiennent la valorisation de ce label. Il n’y a pas de contradiction à se saisir de l’ensemble de ces mobilisations.

 

7- Quelle est la position de l’EUP dans tout ça ? 

La direction de l’EUP reste très discrète quant à la position officielle de l’Ecole sur le CNJU. L’écoute de toutes les opinions et la neutralité sont de mise.

Ce que nous en savons :
L’Ecole d’Urbanisme de Paris, en tant qu’établissement universitaire, souhaite a priori ne pas se ranger derrière la bannière d’une association de lobbying ou d’une autre. Certains voient là le moyen de se prémunir d’une éventuelle stigmatisation politique, selon les prises de position dans les grands discours : tous les établissements de formation en urbanisme ont leur passif doctrinal, mais aujourd’hui la liberté d’opinion et de position dans les débats sont revendiquées comme les valeurs maîtresses. C’est bien, semble-t-il, la base de l’esprit critique.
En revanche, l’EUP contribue très directement aux enquêtes du CNJU sur l’insertion des urbanistes. Pour Olivier Crépin, délégué général sortant du CNJU et ancien étudiant de l’IUP, l’EUP et le CNJU entretiennent des liens forts et sont donc loin de « s’ignorer ». Corinne Larrue, co-directrice de l’EUP, confirme ces relations.

 

8 -Est-il judicieux d’avoir plusieurs associations distinctes au sein de l’école ?

Le choix a été fait de dissocier l’association d’anciens et le BDE, contrairement au cas d’Urba+ (ancêtre du BDE et de l’Alumni, qui se voulait les deux en même temps), pour que les étudiants ne dépendent pas des anciens dans les actions de vie étudiante. La pluralité des associations au sein de l’Ecole assure aujourd’hui une plus grande représentation des opinions, que ce soit sur les grandes questions (la conception du métier) ou les problèmes plus ponctuels (l’allocation des budgets, l’adhésion à une association de lobbying, etc.). Les trois entités (le BDE, l’Alumni, et la Junior Entreprise) n’en communiquent pas moins très étroitement pour des actions communes dédiées à l’insertion pro, à mettre en place à l’Ecole.

 

Les urbanistes sont censés être des pros du travail en équipe, non ? Seule moralité : connaissez vos partenaires. Autrement dit, soyez au courant !

 

 

Plus d’infos sur la dernière AG du CNJU : http://www.jeunes-urbanistes.fr/?p=3164

 

 

 

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Autour du président sortant et de la présidente élue, une partie du Conseil d’administration du CNJU / De gauche à droite : Héloïse FILEZ (vice-présidente), Sophie CHRIST (secrétaire), Émilie PÂRIS, Kaltoum AIT BOURHIM, Thierry RASOARAHONA, Chloé DRAGHI, Guilhem HUCHON, Bastien LAINÉ (trésorier), Constance BONPAIN, Bertille CRÉPIN, François FAVARD (président sortant), Carole ROPARS (présidente), Morgan VALLET (vice-président), Mélanie ADAM, Gautier HUNOUT, Étienne QUANCARD, Paul BENDAHMANE, Antoine BENNAHMIAS.

[1] Selon l’enquête conduite en 2014 par le CNJU, 88% des jeunes urbanistes diplômés ayant été recrutés par les collectivités locales entre 2011 et 2014 occupent un emploi en CDD.